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Pourquoi, comment, pour qui et avec qui réformer : le Professeur Simon-Narcisse Tomety expose l’essentiel d’une opération réformatrice

On réforme pour stabiliser et stimuler une dynamique de changement en profondeur par les modes de pensée, les comportements et les pratiques. En somme, on réforme pour gagner en sagesse d’où la réforme déforme, forme, innove, suit, évalue, capitalise pour faire émerger une nouvelle culture pour le progrès

Les élites fantômes au Bénin : comment naissent des éléphants blancs.

On réforme pour stabiliser et stimuler une dynamique de changement en profondeur par les modes de pensée, les comportements et les pratiques. En somme, on réforme pour gagner en sagesse d’où la réforme déforme, forme, innove, suit, évalue, capitalise pour faire émerger une nouvelle culture pour le progrès.

La réforme repose sur le métabolisme avec ses deux aspects : le catabolisme et l’anabolisme pour avoir une physiologie institutionnelle performante à contrôle régulier.

– On ne réforme pas que pour l’innovation technologique et des réalisations flamboyantes. *Si vous réformez sans appropriation des dynamiques de changement par les promoteurs, ensuite les citoyens, vous n’avez rien fait, mais alors rien réussi en termes d’élévation de la conscience collective, seule source de progrès durable et en meme temps son baromètre.

– De ce point de vue, on réforme pour renforcer l’autonomie, réduire les dysfonctionnements, faire confiance, passer de la centralisation concentrationnaire à la délégation de pouvoir par la déconcentration et la décentralisation. Si vous faites une réforme politique pour combattre l’instabilité et le nomadisme au niveau des partis politiques réformés, l’aveu d’échec non corrigé se transforme en aveu d’impuissance.

Une réforme sans une pédagogie de changement avec des réformateurs qui ont appris à accompagner la gestion des frictions finissent par être des producteurs d’impuissances.

Derrière chaque beauté apparente qui donne l’impression que tout bouge et révèle la puissance publique réformatrice se cachent des vices non apparents pour un temps et des puanteurs qui finissent par se rendre insupportables.

La théorie du changement nous enseigne cette évidence. Sans humilité et le cœur apprenant, on est un faux réformateur et le serpent finit par se mordre la queue après les gâchis et peut-être des actes grandiloquents qu’on croit d’une complétude forte alors que les vices cachés sont là et peuvent concerner le service après vente, le modèle de financement, la complexité technologique, l’incapacité objective d’appropriation nationale (IOAN) parce qu’on a manqué de réalisme dans la vision et les ambitions, on a confondu goût personnel et intérêt général, etc.

– Vous ne pouvez pas passer de financement occulte au financement public des partis politiques sans les obliger à produire du contenu pour l’éducation à la citoyenneté qui est le cœur de métier de l’animation de la vie politique.

On ne réforme pas une société en produisant des miracles, il faut une situation de référence de base qui vise à définir le rythme et les séquences. Si vous n’observez pas cette règle de bon sens, vous allez épuiser vos compatriotes en leur imposant un rythme suicidaire.

Une réforme n’est pas une étuve. On ne réforme pas pour exclure et tuer, on réforme pour vitaliser, donner de l’espoir et fortifier le vivre-ensemble par l’inclusion et la criminalisation de la chasse à l’homme. Ce n’est pas le fait d’accabler les concitoyens d’innovations qui fait un régime réformateur, c’est une contrevérité. Tout effort de modernisation doit inclure les charges récurrentes pour éviter une dépréciation précoce et une rupture dans la continuité de la délivrance du service public d’où un plan de maintenance rigoureux avec au préalable l’analyse du risque systémique lié au lieu d’implantation des infrastructures et des équipements.-

Un exemple simple est la construction d’une belle cité administrative sur la façade maritime à Cotonou.

A-t-on fait une étude des implications en termes de vulnérabilité à l’embrun marin et des charges récurrentes? Quels types d’agents publics vont rationnellement travailler dans ces bâtiments luxueux avec quel état d’esprit et de service?

– Sur la base de quelle *charte des valeurs, cette cité sera-t-elle exploitée tant par les travailleurs que par les usagers ?-

Il est important d’aller au-delà de la stratégie d’en mettre plein la vue des touristes afin que ces réalisations dans la bande côtière ne soient pas justes des étoiles attractives filantes car une cité administrative doit être étoilée en bordure de mer au même titre que les hôtels étoilés partageant le même espace.

– L’efficacité impactante doit être durable et c’est la meilleure définition de l’appropriation du développement. Le bilan politique, le bilan économique, le bilan financier, le bilan technologique, le bilan écologique, le bilan social doivent être produits en définitive par rapport au bilan morale et éthique de tout régime politique. C’est l’ensemble de ces bilans qui détermine l’appropriation. Il faut savoir que la notion d’éléphants blancs ne concerne pas que les chantiers échoués avant la réception définitive, c’est aussi des réalisations réceptionnées mais les coûts récurrents sont si élevés que la maintenance revient très chère tant pour le budget général de l’Etat que les usagers.

– C’est bien de moderniser mais aucune modernisation ne produit des innovations durables sans la mise en place d’une stratégie d’appropriation tant par les agents publics que par les usagers. Le regard des touristes est un mythe et on ne peut miser non plus sur la surveillance par les force de l’ordre en banalisant l’appropriation.

La modernisation d’un pays doit aller de pair avec l’état de la conscience nationale et il ne se décrète pas.* Nous ne sommes ni à Paris, ni à New-York, ni à Pékin, ici c’est *le Bénin avec une socioculture d’une malhonnêteté écœurante observable à tous les niveaux de décision, à tous les échelons territoriaux, dans tous les secteurs, dans toutes les aires sociolinguistiques, dans toutes les organisations de la société et sans aucune distinction selon le genre et les grades. Nos consciences sont bercées par un vent permanent d’hypocrisie et nous sommes tous des hypocrites même si les épaisseurs de nos masques varient d’un individu à l’autre.

Simon-Narcisse TOMETY

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