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Bénin : les suggestions du Professeur Simon-Narcisse Tomety à Wadagni pour réussir son mandat

Après une première lettre ouverte au nouveau Président élu, Romuald Wadagni, le Professeur Simon-Narcisse Tomety lui écrit une deuxième lettre ouverte. Cette fois, c’est pour lui faire des propositions concrètes dont il doit tenir compte pour réussir son mandat et impacter réellement le Bénin, voire l’Afrique. Virgile AHOUANSÈ prête sa voix au Professeur Simon-Narcisse Tomety pour la lecture de cette lettre ouverte.

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR ROMUALD WADAGNI
Président de la République Élu,
Palais de la Marina, Cotonou.
Objet : Urgence patriotique – Intégration du diagnostic sur la souveraineté nationale et
panafricaine dans la stratégie de gouvernance du Bénin.
Monsieur le Président de la République,
Au moment où vous vous apprêtez à assumer la magistrature suprême, le Peuple béninois
dépose entre vos mains non seulement ses aspirations à la prospérité, mais aussi sa quête ardente
de dignité. Dans le prolongement de ma première lettre ouverte, datée du 3 avril 2026, il me
plaît de partager avec vous une réflexion née de votre propre constat : si le Bénin se construit
et se modernise à un rythme accéléré, l’extrême pauvreté, tenace comme une sangsue, continue
de terroriser nos terroirs. Elle sème la désespérance tant au cœur de nos villes que dans l’intimité
de nos campagnes.
Permettez-moi de vous rappeler cette mélodie de révolte incisive d’Alpha Blondy, illustre
artiste ivoirien et voix de notre continent : « Notre insécurité profite à votre domination. (…) La
pauvreté de l’Afrique est une pauvreté voulue, calculée et préméditée parce que la pauvreté de
l’Afrique soulage beaucoup l’Occident. (…) L’Afrique est devenue un continent d’esclaves. (…)
Il faut reconstruire l’homme africain. »
Monsieur le Président, vous avez promis l’intégrité, le courage et la constance au Peuple
béninois, à l’Afrique et au cosmos. Cet engagement transcende votre projet de société. Vous ne
serez pleinement loyal aux valeurs que vous incarnez que si vous faites le vœu solitaire de
gouverner avec votre peuple. Vous devez lui ressembler dans ses réalités et ses vérités, afin qu’il
devienne votre unique miroir, votre seule source de pouvoir et de sagesse.
Dans Les Damnés de la terre, Frantz Fanon critiquait à juste titre le compradorat et la
bourgeoisie cléricale africaine, coupables d’avoir étouffé la conscience de notre continent. Vous
serez inévitablement confronté à cette dure réalité. Il vous appartiendra alors d’honorer votre
serment républicain pour faire naître une conscience nationale résolument tournée vers la
fraternité, la justice et le travail. Pour y parvenir, que le Peuple soit votre seule gloire, votre
unique orgueil et votre ultime rempart.
Le fait de découvrir, après dix ans passés dans la haute et puissante fonction de ministre des
Finances et de l’Économie, que les parures de la modernité ont occulté la tragédie de l’extrême
pauvreté, traduit à mon sens la pleine mesure du gouffre qui sépare les chiffres des réalités. Ce
seul constat illustre l’immensité des défis de développement qui vous attendent, vous et votre
équipe gouvernementale, pour les sept prochaines années.
L’Histoire nous enseigne que le développement sans indépendance structurelle n’est qu’une
illusion éphémère. C’est pourquoi, en tant que citoyen résolument engagé pour le devenir de
notre nation, je sollicite solennellement l’intégration d’un diagnostic sans concession sur notre
souveraineté au cœur même de votre stratégie de gouvernance.

La souveraineté nationale ne saurait se réduire à la simple mécanique d’une chaîne
décisionnelle ou à l’ordonnancement d’un cadre normatif. Elle doit s’ériger en doctrine suprême
de sanctuarisation des intérêts vitaux du Bénin, forgée pour opposer une résistance inflexible à
toute velléité de domination extérieure. Pour guider vos pas, cette ambition de rupture doit
impérativement s’articuler autour de sept piliers stratégiques urgents. L’Histoire nous enseigne
en effet qu’aucune réforme structurelle ne peut prospérer sans une rigueur éthique absolue au
sommet de l’État. Le devoir d’exemplarité de tout dirigeant, et en premier lieu le vôtre, Monsieur
le Président, constitue la meilleure école de bonne gouvernance. C’est par la rectitude morale
manifestée au sommet que s’éduque la nation, que se restaure la confiance publique et que se
forge le consentement à l’effort collectif. Sans cette exemplarité rayonnante, les lois les plus
dures restent lettre morte ; elles ne servent alors qu’à nourrir une hypocrisie collective et des
rapports de force cyniques, érigeant une cité du « deux poids, deux mesures » où fleurissent les
injustices.

1. L’éthique d’État, la refondation morale et la justice de combat


Il est temps de bâtir une gouvernance de rupture, rigoureusement fondée sur la culture de
l’évaluation à 360 degrés de l’action publique et sur l’obligation d’engendrer des résultats
tangibles pour le développement humain. À cet effet, il devient impératif de réinscrire de façon
lisible, définitive et indélébile dans le marbre constitutionnel l’imprescriptibilité des crimes
économiques, de la grande corruption et des abus de pouvoir politique. La sévérité morale et
l’inflexibilité de nos institutions demeurent, aujourd’hui plus que jamais, le premier rempart de
notre souveraineté nationale.

2. La révolution cognitive et l’encadrement citoyen transpartisan


Tout citoyen engagé dans la voie du transpartisanisme doit se placer résolument au-dessus des
clivages politiques et de l’esprit de clan, pour ne servir que l’intérêt général et le bien commun.
Affranchi de toute logique de parti ou de calcul de carrière, il revendique une liberté de parole
absolue et constructive, capable de saluer le progrès comme de dénoncer les dérives avec la
même objectivité. C’est cette indépendance totale qui guide la démarche d’un citoyen
transpartisan : jeter des ponts entre les sensibilités pour bâtir des consensus durables, fondés
non pas sur des ambitions de poste, mais sur les valeurs sacrées de justice, de morale d’État,
d’éthique de gouvernance et de souveraineté nationale.
C’est précisément fort de cette exigence transpartisane, et face à l’érosion grandissante de nos
valeurs morales, qu’il me paraît urgent d’instituer un Programme National d’Éducation à la
Citoyenneté et à la Vertu Républicaine (PNEC-VR), sous l’égide d’un Institut National de
l’Éthique Patriotique (INEP). Pour garantir sa neutralité absolue, cet institut sera soustrait au
contrôle gouvernemental et placé sous la double tutelle de la Cour Constitutionnelle et du
Médiateur de la République, sa direction étant adoubée à la majorité qualifiée par l’Assemblée
Nationale. Ce passage obligatoire pour tous les élus et hauts fonctionnaires bénéficiera d’un
budget autonome de 3 à 5 milliards de FCFA par an, sanctuarisé par une loi de programmation
décennale.

3. La méritocratie populaire et la sanctuarisation de la médecine traditionnelle


Il est capital de refonder la reconnaissance du mérite national en honorant l’intégrité politique,
le génie scientifique, l’audace entrepreneuriale, ainsi que le talent des inventeurs autodidactes.
C’est précisément dans cette optique de valorisation de notre génie endogène qu’il convient
de créer un Fonds souverain de valorisation de la médecine traditionnelle, doté de deux
milliards (2 000 000 000) de FCFA. Afin d’exclure tout risque de dévoiement ou de captation
clientéliste, ce fonds sera logé à la Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin (CDC Bénin).
Ses ressources, rigoureusement insaisissables en espèces, seront directement ordonnancées au
profit de nos laboratoires publics d’élite — tels que l’Institut des Sciences Biomédicales
Appliquées (ISBA) ou l’écosystème de recherche de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC). Ces
capitaux financeront exclusivement les analyses de toxicité, les essais cliniques et le brevetage
scientifique des découvertes de nos tradipraticiens, sous le contrôle rigoureux d’un comité
scientifique indépendant.

4. Le capital humain, l’éveil intellectuel et le démantèlement du mimétisme


Il est impératif de valoriser une élite authentiquement patriotique en opérant une refondation
cognitive majeure de notre système éducatif. Cette rupture doit briser définitivement la
reproduction de programmes obsolètes qui entretiennent le sous-développement et aliènent le
génie de notre jeunesse.
Cette nécessaire décolonisation des mentalités ne saurait toutefois s’accomplir sans la maîtrise
de notre espace informationnel. C’est pourquoi elle doit s’accompagner d’un soutien stratégique
à l’émergence de médias panafricains d’envergure, capables de mener avec efficience la guerre
de l’information. À ce titre, il s’avère capital que nos paysages médiatiques, publics comme
privés, s’affranchissent des postures de courtisanerie et des dérives de la propagande stérile,
lesquelles biaisent les réalités et annihilent toute capacité d’anticipation des crises. Un tel
sursaut commande un investissement massif dans un journalisme d’investigation exigeant,
respectueux de la déontologie de la profession et rigoureusement indépendant des contingences
partisanes.
Enfin, cet éveil de la conscience collective doit trouver son ancrage dans la paix structurelle de
la nation. Cette dynamique exige la réactivation institutionnelle d’espaces inclusifs de dialogue
social, de concertation politique et de dialogue patronal. C’est par cette saine confrontation des
idées que nous garantirons la cohésion républicaine, prémunirons la cité contre les fractures
intérieures et assurerons la stabilité économique durable du Bénin.

5. La souveraineté scientifique, industrielle et militaire


Il devient impératif d’investir massivement dans la recherche appliquée, la maîtrise
technologique de la machine-outil et l’industrie lourde afin d’opérer une mutation historique :
passer d’une économie de consommation de technologies importées à une économie de
production technologique autonome. Cette quête d’indépendance industrielle est indissociable
de notre impératif de sécurité. Parallèlement, il est capital de structurer des services de
renseignement humain et de sécurité civils et militaires d’élite, fondés sur un patriotisme
incorruptible, pour sanctuariser notre territoire face aux guerres asymétriques contemporaines.

Cette sanctuarisation globale et cette renaissance industrielle exigent une territorialisation
rigoureuse des politiques publiques. Celle-ci ne saurait être effective sans une territorialisation
ordonnancée du budget général de l’État ; une approche novatrice qui consacre enfin le territoire
comme un acteur majeur de son propre développement, et non plus comme un simple réceptacle
d’accueil passif ou un espace d’extraction de nos ressources. Il convient dès lors de déployer
les différents corps d’ingénierie sur l’ensemble de nos régions — qu’il s’agisse des départements
historiques ou des zones agroécologiques homogènes — pour servir de socle à la domestication
de nos chaînes de valeur. Ce déploiement fera de chaque territoire-acteur un pôle dynamique
de création de valeur ajoutée pour nos matières premières locales, ainsi qu’un puissant levier de
promotion d’emplois de proximité.
Cette ambition impose le déploiement concomitant des corps de contrôle au niveau local. La
bonne gouvernance et l’éradication de l’impunité au sein des pôles régionaux deviendront ainsi
les véritables leviers de cette dynamisation territoriale, incitant notre jeunesse à se muer en
promoteurs économiques audacieux de leurs propres terroirs. Enfin, pour que cette production
endogène repose sur une filière dotée d’une parfaite traçabilité, l’armature de cette
territorialisation doit impérativement intégrer des laboratoires scientifiques de proximité ainsi
que des unités industrielles spécialisées dans le conditionnement et les emballages. C’est à ce
prix, et à ce prix seul, que le Bénin construira une immunité économique et sécuritaire globale,
solidement ancrée à l’échelle locale pour rayonner au niveau national.

6. L’autosuffisance vitale (Alimentation, Eau, Énergie) et l’ingénierie de la durabilité


Il est temps de soustraire les ressources vitales du Peuple béninois aux lois cyniques de la
spéculation, tant internationale que nationale. Cela exige de garantir notre sécurité alimentaire
par la constitution de réserves stratégiques de 12 à 24 mois afin de prémunir le marché intérieur
contre les chocs mondiaux, tout en planifiant l’accès universel à l’eau et l’électrification lourde,
souveraine et autonome. Cette programmation doit s’inscrire sur un cycle rigoureux de
cinquante (50) ans, dicté par les projections spatiales de la démographie et articulé autour des
impératifs d’aménagement de préservation, d’adaptation et d’exploitation de nos ressources. Une
telle ambition postule une synergie transversale et un dialogue de projet rigoureux,
indispensables à la cohérence et à l’interconnexion des réseaux routiers, électriques et
hydrauliques.
Cependant, l’ambition de ce plan d’autosuffisance s’effondrera si nous laissons ces secteurs
vitaux demeurer le cimetière de nos finances publiques. L’Histoire de notre développement est
trop souvent balafrée par le fléau des éléphants blancs, le flou des malfaçons techniques, la
récurrence des pannes chroniques et l’inacceptable discontinuité de l’offre des services publics.
Ces failles structurelles ne sont pas de simples incidents techniques : elles se traduisent par des
pertes financières colossales pour l’État et par des spirales d’impayés et de dettes insupportables
pour les usagers, d’ores et déjà étranglés par la précarité.
Pour rompre définitivement avec cette culture du gâchis, nous devons impérativement adosser
notre planification à des ruptures technologiques d’avant-garde. Cela commande :
• L’intégration de dispositifs d’Internet des Objets (IoT) et de capteurs intelligents pour le
suivi en temps réel de la maintenance prédictive de nos réseaux d’eau et d’électricité,
étouffant à la racine la culture de la panne.
• L’adoption d’outils de gouvernance numérique ouverte (Open Data) pour auditer de
manière citoyenne et transpartisane les coûts réels des infrastructures de stockage
alimentaire.
• L’application de la technologie Blockchain à la passation des marchés publics et à la
traçabilité de nos infrastructures de réseau : Ce registre numérique infalsifiable
permettra de verrouiller juridiquement et techniquement les processus, interdisant de
fait le financement de projets fantômes ou mal calibrés. En sécurisant de manière
immuable la nature, la qualité, la quantité et les flux logistiques des pièces de rechange,
cette infrastructure de confiance offrira une transparence totale sur la gestion des stocks,
permettant enfin d’établir un diagnostic rationnel et prédictif des pannes.
L’innovation technologique ne doit plus être un mirage de modernité, mais le premier outil de
salubrité publique et de protection du consommateur béninois.

7. La diplomatie multipolaire, le refus de l’asymétrie et l’émergence panafricaine


Il s’avère capital d’inscrire le Bénin dans une dynamique résolument multipolaire en diversifiant
nos partenaires géostratégiques sous le sceau d’une réciprocité stricte, et en abrogeant sans
concession les traités léonins. Cette ambition requiert une reprise en main absolue du contrôle
de nos frontières face aux flux intercontinentaux, la propulsion de champions industriels
régionaux et un soutien indéfectible à l’avènement d’une monnaie commune et souveraine,
adossée aux richesses réelles du continent pour rompre définitivement le joug des mécanismes
de tutelle financière coloniale.
Cependant, notre politique étrangère doit cesser d’être dictée par le culte mortifère de la
suffisance micro-souverainiste, triste héritage de la balkanisation de l’Afrique. Face à ces
frontières artificielles qui morcellent notre continent, le Bénin doit s’ériger en une plateforme
majeure de rayonnement des bonnes pratiques de solidarité africaine au niveau régional. Notre
diplomatie de bon voisinage doit puiser sa force et sa légitimité dans la profondeur de nos aires
culturelles historiques, que nous avons la chance de partager avec nos pays frères. C’est en
réinvestissant ces solidarités organiques et ces passerelles humaines séculaires que le Bénin
redéfinira sa puissance d’influence, en faisant de la fraternité régionale le socle indestructible
de notre souveraineté partagée.
Monsieur le Président de la République,
Le Bénin, berceau du panafricanisme et terre de l’historique Conférence des Forces Vives de la
Nation, se doit d’être à l’avant-garde de ce sursaut historique. Notre terre porte en elle l’héritage
sacré de géants dont chaque Béninois doit s’enorgueillir :
• Le Roi Béhanzin, symbole absolu de la résistance armée et du refus inflexible de la
soumission coloniale ;
• Les Rois Bio Guéra et Kaba, dont les révoltes héroïques ont prouvé que la soif de
liberté vibrait de manière homogène à travers toutes nos zones géographiques ;
• Louis Hunkanrin, figure légendaire de la résistance anticoloniale, intellectuel et
journaliste infatigable dont la plume pointue de combat porta la voix de notre Peuple
jusqu’au Premier Congrès Panafricain de 1919 à Paris, aux côtés de W.E.B. Du Bois,
incarnant ainsi l’essence même du panafricanisme de combat ;
• Marc Kojo Tovalou Quenum, avocat et écrivain brillant qui, en fondant la Ligue
universelle pour la défense de la race noire, combattit l’assimilation et codifia la dignité
de l’homme noir sur la scène internationale au début du XXe siècle ;
• Paul Hazoumé, dont l’œuvre mémorielle et magistrale — notamment Doguicimi —
réhabilita la grandeur de nos valeurs culturelles et la dignité historique des civilisations
africaines face au mépris colonial ;
• Albert Tévoédjrè, premier Secrétaire général de l’Union africaine et malgache, qui
théorisa avec audace et lucidité le développement endogène dans son œuvre mémorable,
nous rappelant que la pauvreté assumée dans la dignité vaut mille fois mieux que la
richesse servile du mimétisme.
C’est sous le patronage spirituel de ces bâtisseurs de notre dignité que vous devez
impérativement placer votre action. Telle est ma plus profonde exhortation si vous ambitionnez
que l’Histoire du Bénin et de l’Afrique se souvienne de vous comme l’ardent défenseur de la
sécurité humaine de votre Peuple et du continent. En ordonnant ce diagnostic de souveraineté
dès l’entame de votre mandat et en actant ces réformes structurelles, vous refuserez la passivité
géopolitique pour inscrire, à votre tour, votre nom au panthéon des bâtisseurs d’une Afrique
libre, unie et maîtresse de son destin. La Nation vous regarde, l’Afrique vous attend.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’assurance de ma très haute et
patriotique considération.

Fait à Cotonou, le 18 mai 2026

Comlan Simon-Narcisse TOMETY

Citoyen transpartisan, Géographe et Territorialiste

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