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Poulet local en Afrique : des acteurs plaident pour sauver une filière menacée

L’avenir du poulet local était au cœur d’un atelier organisé à Abomey-Calavi en marge du Forum social mondial lancé le jeudi 6 août 2026. Sous le leadership de JINUKUN (Réseau National pour une Gestion Durable des Ressources Génétiques au Bénin), plus d’une centaine d’organisations venues de plusieurs pays africains ont réfléchi aux moyens de préserver une filière confrontée à la progression de l’aviculture industrielle et aux importations.Une filière confrontée à de multiples défis


Deux allocutions ont marqué l’ouverture des travaux. Dans son propos liminaire, Patrice SAGBO, membre de JINUKUN (Réseau National pour une Gestion Durable des Ressources Génétiques au Bénin), s’est réjoui de la tenue de la rencontre et de la mobilisation des participants. Pierre BEDIYE, président du réseau JINUKUN a, pour sa part, insisté sur l’importance de la question. Il a notamment estimé que les industries productrices de poulets conventionnels s’inscrivent dans une logique qui risque, selon lui, d’éteindre la filière des poulets locaux.Modéré par Ali Tapsoba, membre de la délégation burkinabè, l’atelier a réuni des acteurs de la société civile et des mouvements sociaux venus notamment du Bénin, du Togo du Niger du Nigéria, du Kenya, de la Côte d’Ivoire, de la Tanzanie, de l’Afrique du Sud, du Mali du Zimbabwe, du Sénégal du Burkina Faso du Burundi du Cameroun et de la Zambie. Deux panels ont permis d’examiner les difficultés du secteur et les pistes susceptibles d’assurer sa pérennité.Le premier panel, consacré aux défis du secteur avicole en Afrique et modéré par Balkissa DAOURA, a mis en évidence plusieurs contraintes. Françoise AGBODJO Omoniyi a relevé que la filière du poulet local est souvent critiquée pour sa faible productivité et, par conséquent, pour sa capacité limitée à contribuer à l’alimentation du continent. Elle a toutefois souligné que de nombreux producteurs s’investissent dans le secteur, mais qu’un déficit de savoirs et de compétences freine encore son développement.À ces difficultés s’ajoutent l’indisponibilité d’aliments adaptés aux poulets locaux, la progression des maladies et l’accès limité aux financements. Pour autant, la disparition de cette filière paraît difficilement envisageable au regard de ses dimensions culturelle, identitaire et socioéconomique. Dans plusieurs communautés, les poulets locaux restent notamment utilisés lors de cérémonies traditionnelles, comme la dot ou certains rituels. Ils constituent également une source de revenus pour de nombreux ménages.Le Burkina Faso a été cité comme une expérience encourageante. Selon le témoignage partagé lors de l’atelier, la consommation serait passée à 80000 poulets par jour à Ouagadougou. Parmi les pistes avancées figurent la professionnalisation du secteur et la mise en place d’une politique d’accompagnement. Au Nigéria, Mark Vincent OBA a, de son côté, alerté sur la forte concurrence exercée par les poulets industriels sur la production locale.Femmes, savoirs locaux et modèles de production au cœur des solutionsLe deuxième panel a davantage porté sur les solutions à mettre en œuvre pour pérenniser la filière. Alima TRAORE, paysanne malienne et présidente de la Convergence des femmes pour la souveraineté alimentaire, a notamment mis en avant le rôle des femmes dans l’élevage familial.À partir de son expérience d’un élevage de poulets locaux en plein air, elle a également évoqué certaines pratiques traditionnelles de soins. Selon elle, la pérennisation de ces activités passe par une meilleure organisation des marchés, afin de permettre aux producteurs de mieux valoriser leur production et d’améliorer leurs débouchés.Abdouramane Zakaria TRAORE, du réseau WASSA Mali, a appelé à repenser les systèmes de production en accordant davantage de place aux modèles d’élevage en plein air. Il a également insisté sur la protection des connaissances locales et sur la nécessité de mieux informer les consommateurs sur la valeur du poulet local.Venu d’Afrique du Sud, Zwelisha Shobede a, pour sa part, alerté sur la pression exercée par les poulets importés sur les producteurs locaux. Il a associé la pérennisation de la filière à plusieurs leviers, notamment la protection des terres, le développement de la recherche et l’évolution des comportements des consommateurs.Les échanges ont également porté sur la vaccination, les soins, l’alimentation, la productivité et l’identification des différentes races locales. Les participants ont partagé plusieurs expériences de terrain. Certaines pratiques évoquées, notamment celles relatives aux soins à base de plantes, nécessitent toutefois des travaux de recherche et de validation avant toute généralisation.Un plaidoyer continental de 24 mois pour passer aux actionsAu terme de l’atelier, les participants ont proposé la mise en place d’une campagne de plaidoyer de 24 mois dans plusieurs pays africains. Elle devrait s’adresser aux autorités publiques, aux parlementaires, aux leaders traditionnels, aux organisations de la société civile et aux acteurs économiques.La création de nouveaux débouchés figure également parmi les priorités. Des partenariats avec les restaurants et les hôtels sont envisagés afin de faciliter l’écoulement de la production et de rapprocher les producteurs des consommateurs.La recherche constitue un autre axe majeur de cette démarche. Les participants souhaitent approfondir les connaissances sur les races locales, leurs performances, les coûts de production, l’alimentation, les maladies ainsi que les effets des importations sur les filières nationales.La communication devrait, elle aussi, accompagner le plaidoyer. Les propositions avancées comprennent la production de contenus pour les réseaux sociaux, l’organisation de foires et de dégustations ainsi que la conception de supports pédagogiques. L’idée d’une marque commune de poulet local à l’échelle de plusieurs pays africains a également été évoquée.Les participants souhaitent enfin que les pouvoirs publics consacrent davantage de moyens à la filière, notamment à travers l’inscription de lignes budgétaires dédiées à sa promotion. Pour les acteurs réunis à Abomey-Calavi, la sauvegarde du poulet local dépasse ainsi la seule question de l’élevage : elle touche à l’activité économique, à la préservation des savoir-faire et à la souveraineté alimentaire africaine.L’enjeu est désormais de transformer ces propositions en actions coordonnées aux niveaux national et continental. L’atelier s’est achevé par la lecture d’une déclaration commune.

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