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Religions au Bénin: Dr Chakirou Amoussou adresse 10 propositions à Patrice Talon pour encadrer l’islam

Alors que le président du Sénat, Patrice Talon, a annoncé la nécessité d’un cadre législatif pour mieux encadrer les religions au Bénin, l’imam et prédicateur Chakirou Amoussou apporte sa contribution au débat. Dans une lettre ouverte, il formule dix propositions visant à renforcer la responsabilité des organisations islamiques, protéger les enfants, assurer la transparence des financements et faire de la communauté musulmane un véritable partenaire du développement national.Lire l’intégralité de sa lettre

Lettre ouverte au Président du Sénat son Excellence Patrice TALON

Pour un cadre républicain d’organisation de l’islam au Bénin : dix propositions pour responsabiliser, protéger et valoriser la communauté musulmane

Monsieur le Président du Sénat,
Lors de votre récente intervention à Paris, vous avez évoqué la nécessité d’un cadre législatif permettant d’encadrer les religions au Bénin. Cette annonce m’inspire une contribution particulière concernant l’islam.
Je ne vous écris pas pour demander à l’État de définir l’islam à la place des musulmans, ni pour réclamer un quelconque privilège. Je vous propose plutôt de réfléchir ensemble à un système qui permette à la République de garantir la liberté religieuse, de prévenir les dérives, de responsabiliser les acteurs musulmans et de mieux valoriser la contribution de l’islam au développement national.
L’islam est une réalité sociale, spirituelle, éducative, économique et culturelle importante de notre pays. Il serait donc souhaitable que toute réforme concernant les religions en tienne compte.
Je soumets ainsi aux autorités béninoises les dix propositions suivantes.

Proposition n°1 : Un cadre légal spécifique pour les activités islamiques
Il serait souhaitable de définir un cadre juridique permettant aux organisations islamiques de fonctionner dans la transparence, dans le respect de la Constitution et des lois de la République. Ce cadre pourrait préciser les conditions relatives à la création des associations islamiques, à la gestion des mosquées, aux écoles et instituts islamiques, aux organisations caritatives, aux centres de mémorisation du Coran, aux œuvres sociales et aux activités de prédication.
L’objectif n’est pas de contrôler la croyance musulmane, mais d’organiser juridiquement les activités exercées en son nom.

Proposition n°2 : Un registre national des organisations islamiques
Je propose la création d’un Registre national des organisations islamiques du Bénin. Toute structure souhaitant exercer officiellement des activités islamiques pourrait s’y faire enregistrer, en précisant sa dénomination, ses responsables, son siège, ses lieux de culte ou d’enseignement, son objet, ses responsables financiers et ses principales sources de financement.
Cette mesure favoriserait la transparence et permettrait à l’État de distinguer les organisations légalement constituées des initiatives individuelles.

Proposition n°3 : Un statut et une formation pour les imams et prédicateurs
La fonction d’imam mérite une réflexion particulière. Je propose la création d’un cadre national de formation et de reconnaissance des compétences des imams et prédicateurs, élaboré en concertation avec les institutions islamiques, et associant deux volets :
Sciences islamiques : Coran, sciences du hadith, jurisprudence islamique, théologie, éthique, histoire de l’islam.
Formation citoyenne : Constitution du Bénin, droits et devoirs du citoyen, droit des associations, protection de l’enfant, prévention des violences, médiation sociale, prévention de l’extrémisme violent, gestion financière.
Il ne s’agirait pas de faire des imams des fonctionnaires de l’État, mais de faire émerger des responsables religieux mieux formés et davantage responsables devant la société.

Proposition n°4 : Encadrer les écoles coraniques et protéger les enfants
L’enseignement coranique constitue une composante historique de la transmission du savoir islamique. Mais tout enfant qui le fréquente doit bénéficier des mêmes garanties fondamentales de protection.
Je propose un système d’agrément ou de déclaration permettant de vérifier les conditions de sécurité, l’hygiène, l’encadrement des enfants, les qualifications des enseignants, l’interdiction des violences et la protection contre toute exploitation. L’enseignement religieux pourrait, en parallèle, être renforcé par l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, des mathématiques, des sciences et d’une formation professionnelle.
Former un bon musulman et former un citoyen compétent ne sont pas deux objectifs contradictoires.

Proposition n°5 :Un régime transparent pour les financements étrangers
Les organisations islamiques devraient pouvoir bénéficier de soutiens de partenaires étrangers, dans le respect des lois béninoises mais ces financements devraient être transparents : déclaration des financements importants, traçabilité des fonds, identification des donateurs institutionnels, tenue d’une comptabilité, mécanismes de contrôle proportionnés.
Cette transparence protégerait à la fois l’État, les donateurs et les organisations musulmanes, et éviterait que des financements occultes ne servent à influencer les communautés religieuses.

Proposition n°6 : Réglementer l’intervention des prédicateurs étrangers
Le Bénin doit rester ouvert au monde musulman : les échanges avec les pays musulmans ont historiquement contribué à la formation des cadres religieux béninois. Mais les prédicateurs étrangers intervenant régulièrement au Bénin devraient respecter un cadre clair : disposer des autorisations nécessaires, respecter les lois béninoises, ne pas inciter à la haine ni promouvoir la violence, ne pas s’immiscer illégalement dans les affaires politiques, et respecter les sensibilités religieuses et culturelles du pays.
L’ouverture internationale ne doit pas signifier l’absence de règles.

Proposition n°7 : Un cadre moderne pour la Zakat, la Sadaqa et le Waqf
La solidarité islamique représente un potentiel considérable pour le développement social. Je propose que le Bénin réfléchisse à un cadre moderne permettant de mieux organiser la Zakat, la Sadaqa et le Waqf , ce dernier pouvant notamment contribuer au financement durable des écoles, des centres de santé, des universités, des centres de formation professionnelle, des logements sociaux, des orphelinats et des programmes d’insertion.
Il ne s’agit pas de placer la Zakat sous le contrôle de l’État, mais de créer un environnement juridique permettant aux musulmans qui le souhaitent de développer des mécanismes de solidarité transparents et professionnels.

Proposition n°8 : Reconnaître et développer la finance islamique
Le Bénin pourrait tirer davantage profit du potentiel de la finance islamique. Un cadre réglementaire approprié pourrait favoriser le financement des PME, l’agriculture, l’habitat, les infrastructures, l’entrepreneuriat des jeunes et l’investissement socialement responsable.
La finance islamique ne doit pas être perçue comme une menace ou un système parallèle, mais comme un outil financier supplémentaire, dès lors qu’elle respecte les réglementations nationales et régionales applicables.

Proposition n°9 : Un Conseil national consultatif du fait islamique
Je propose la création d’un Conseil national consultatif du fait islamique, réunissant notamment des représentants des organisations islamiques, des imams, des universitaires, des juristes, des experts en sciences islamiques, des représentants de la jeunesse musulmane, des femmes engagées dans les organisations islamiques et des acteurs des œuvres sociales musulmanes.
Ce Conseil aurait un rôle consultatif, non politique. Il pourrait être saisi sur les projets de textes concernant directement l’islam et contribuer à prévenir les conflits et les incompréhensions entre pouvoirs publics et communauté musulmane.

Proposition n°10 : Faire de la communauté musulmane un partenaire du développement national
Monsieur le Président, c’est probablement la proposition qui me paraît la plus importante.
La future législation ne devrait pas considérer les religions uniquement comme des réalités à surveiller, mais aussi comme des partenaires de la construction nationale. La communauté musulmane peut contribuer davantage à l’éducation, à la formation professionnelle, à la lutte contre la pauvreté, à l’insertion des jeunes, à la solidarité, à la santé, à l’entrepreneuriat, à la prévention de la radicalisation, à la paix sociale et au développement local.
L’État pourrait ainsi créer des mécanismes transparents de partenariat avec les organisations religieuses qui respectent les lois et démontrent leur capacité à produire un impact social.

Monsieur le Président,
Ces propositions ne signifient aucunement que l’islam devrait bénéficier d’un régime privilégié. Je défends au contraire un principe simple : la même République pour tous, les mêmes obligations pour tous, la même protection pour tous.
Mais l’égalité ne signifie pas que l’on ignore les spécificités de chaque religion. L’islam possède ses propres institutions, son histoire, ses mécanismes de solidarité et ses modes d’organisation. Il est donc légitime que la législation en tienne compte, comme elle devrait tenir compte des réalités propres aux autres confessions.

Veuillez agréer, Monsieur le Président du Sénat, l’expression de ma très haute considération.

Dr Chakirou AMOUSSOU
Imam – Prédicateur

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