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Présidentielle de 2026 : « Rien n’est gagné d’avance. Aucune certitude, car même avec les moyens de l’État, vous pourriez tomber. » Alexandre Atachi avertit Romuald Wadagni et lui rappelle deux défis

Dans une lettre ouverte, le journaliste-écrivain Alexandre Atachi félicite Romuald Wadagni pour son investiture tout en l’appelant à la lucidité. Il l’exhorte à se détacher de l’ombre du président Talon et à s’imposer par sa propre vision, tout en renouant avec les attentes sociales du peuple béninois. Lire l’intégralité de la lettre

ATACHI G. Alexandre Cotonou, le 03 septembre 2026

Journaliste-Ecrivain engagé

A

Monsieur le Ministre d’Etat, Romuald WADAGNI Cotonou

Objet : Lettre ouverte portant sur mon analyse de votre candidature à l’élection présidentielle de 2026

Monsieur le Ministre d’État, Comme l’exige le protocole, même si je ne suis pas trop attaché aux formules classiques, je voudrais, à l’entame, vous adresser mes félicitations pour le choix porté sur votre personne par la mouvance présidentielle afin d’être son candidat à l’élection présidentielle de 2026. Même si je ne soutiens pas votre candidature, que je n’évalue pour l’instant qu’à 20 % de crédibilité à peine, cela n’empêche pas qu’en tant que citoyen, je puisse prendre du recul, comme je le ferai également pour le candidat de l’opposition, afin de partager mes analyses et, dans la mesure du possible, vous aider à rendre votre candidature plus crédible. D’entrée, je voudrais vous dire que je ne partage rien de la logique de la ‘’rupture’’.

L’acte fondateur qui m’a conduit à désavouer le gouvernement auquel vous avez appartenu, et dont vous êtes le produit, est la non-prise en charge des personnes souffrant d’insuffisance rénale. Rien de personnel donc puisque je n’en souffre pas. Si le gouvernement relançait aujourd’hui cette mesure héritée du président Boni YAYI, je serais son plus fervent défenseur. Sinon, je crois disposer des ressources intellectuelles nécessaires pour tirer à boulets rouges sur vous durant toute la campagne. Monsieur le candidat, Votre plus grand défi reste cependant de vous départir de l’image rigide et jusqu’auboutiste de votre mentor.

La rupture a fini par user tout le monde durant les neuf dernières années. Si vous maintenez cette posture, vous échouerez à plate couture. Il vous faudra vous créer vous-même, imposer votre marque et votre personnalité, loin de l’ombre du Président TALON.

Ce sera votre premier défi et le plus difficile, car avant, pendant et après votre éventuelle élection (même si tout est contre vous), le Président TALON voudra rester présent. Mais s’il tient à ce que la jeunesse que vous incarnez réussisse, il devra accepter de vous laisser gérer. Et pour montrer qu’il en a réellement l’intention, il faudra que ces derniers mois soient marqués par des actes forts de votre part : par exemple, la prise en charge des dialysés ou encore la libération des prisonniers politiques.

Aujourd’hui, ils ne peuvent plus être candidats. Certains diront qu’en liberté, ils deviendraient de redoutables adversaires. Mais les plus lucides comprendront que WADAGNI n’est pas TALON et que l’homme sera désormais placé au cœur des projets. Je n’oublie pas que vous-même traînez un passif : celui d’être considéré comme l’homme qui a ‘’sevré’’ les Béninois et les a contraints à serrer la ceinture. Il faudra descendre sur le terrain, vous expliquer et surtout travailler à desserrer, au plus tôt, ces ceintures.

Aller au contact des populations suppose aussi que vous soyez prêt à répondre à des questions sensibles, comme celle des salaires des membres du gouvernement. Longtemps tabou, ce sujet reviendra immanquablement. Il faudra assumer, dire la vérité et encaisser les coups, comme vous devrez le faire face à la pluie de soutiens artificiels qui tombent déjà comme un tsunami. Vous n’êtes pas un parvenu.

Pour avoir été au sommet de l’État, aux côtés d’un des politiciens les plus redoutables que le Bénin ait connus, le président TALON, vous savez que la plupart de ces soutiens sont faux. La grande majorité est obligée de soutenir, de suivre pour survivre.

Le second défi, qui est aussi important, est d’arriver à vous faire petit pour vous faire accepter par les leaders des deux partis qui vous ont choisi ‘’malgré eux’’. Monsieur le candidat, Même si on tente avec tous les moyens et des journalistes incompétents, mutés en communicateurs, de nous prouver que c’est un consensus qui vous a porté, vous et moi savons que ce n’est pas le cas. Il faudra donc vous rendre à l’évidence que si vous pensez que le parapluie TALON seul suffit pour être élu, vous n’irez nulle part.

En 2016, le Président YAYI avait choisi Lionel ZINSOU au grand dam des évidences en place. Mais quand le chef choisit juste en fonction de ses intérêts, il lui est impossible d’aller battre campagne hameau par hameau et de voter à la place de tous les citoyens. TALON vous a voulu, mais ce sont les leaders qui feront le gros du travail.

Il faudra vous faire accepter. Aller les voir et travailler à avoir leur caution, car, ce que vous savez déjà, autour du président TALON, il y a plus de gens qui le détestent que de gens qui l’aiment. Depuis 2016, beaucoup a été fait, en bien. Mais croire que la raison n’existe que dans votre camp est une chimère.

Il vous faudra une ouverture d’esprit qui vous a, jusqu’ici, manqué. J’aimerais qu’un jeune prenne la relève, mais il faut que ce jeune s’affirme loin des clichés et d’une posture va-t-en-guerre qu’on vous connaît trop bien.

Pour conclure, je me permets de vous recommander la lecture de mon livre Les chaînes du pouvoir, paru aux éditions L’Harmattan. Vous y découvrirez les pièges du fauteuil présidentiel, car une fois élu, il devient le premier ennemi de celui qui l’occupe. C’est un ouvrage que je recommande à tout aspirant à la magistrature suprême.

Et c’est à juste titre que Gbeho AHOSSOU, l’acteur principal, après sa rédemption, déclara : « À tous ceux qui aspirent à ce fauteuil, sachez que le pouvoir est un maître exigeant et dangereux. Ses chaînes sont vos premiers ennemis. Si vous les laissez vous contrôler, vous deviendrez, comme moi, un prisonnier du pouvoir. » Dans l’espoir que vous me lirez, je vous souhaite bonne chance et beaucoup de courage.

Rien n’est gagné d’avance. Aucune certitude, car même avec les moyens de l’État, vous pourriez tomber.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre d’État, l’expression de ma considération distinguée.

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